En France, l’Art menacé de censure par des associations sionistes

L’exposition « Foyers Fantôme » d’Alham Shibli, qui se déroule du 28 mai au 1er septembre 2013 au Musée du Jeu de paume, présente six séries de photographies, qui questionnent sur la notion de foyer, sur les contradictions inhérentes à celui-ci et sur son rôle constitutif de l’identité.

Mais voilà, Alham Shibli est palestinienne, et certaines photos de son exposition concernent l’intérieur de foyers palestiniens, où les représentations de martyrs sont omniprésentes (notamment dans la série « Death »). Il n’en fallait pas plus pour les quelques associations sionistes en mal de combat ne se mettent en branle.

Le 30 juin dernier, la direction du Musée du Jeu de Paume a ainsi du faire face au harcèlement, aux menaces de mort et aux menaces de bombes ; elle prend donc la décision de fermer le Musée au public pour une journée. Au même moment,  l’association Europe Israël manifeste avec 300 personnes devant le Musée, et accuse Alham Shibli de faire « l’apologie du terrorisme » (sic).

Un des leader de la LDJ a fait un discours lors de cette manifestation : « Cette exposition à la gloire des assassins du Hamas a été validée et planifiée au sein du musée dans l’indifférence. Certains tels que Maître Goldnadel ont permis de dénoncer l’ampleur du scandale qui se joue derrière ces murs. […] Cette exposition nauséabonde et soit disant impartiale ne montre pas les victimes juives de ces assassins suicidaires. C’est une insulte adressée aux amis d’Israël et aux juifs de France, mais aussi à l’ensemble des Français qui se refusent à vénérer de lâches assassins, des êtres abjectes qui tuent aveuglément des hommes, des femmes et des enfants. C’est un crachat à la face de la France libre, courageuse, qui aspire à la vie, à la paix et au respect des valeurs qui nous sont chères. […] Ce qui est exposé derrière ces murs est aussi un avertissement aux juifs de France quant à leur situation et leur avenir ici. L’indifférence du gouvernement concerne l’art et la culture, mais aussi une nébuleuse liberticide, armée et qui récolte aujourd’hui des fonds à destination d’organisations terroristes telles que le Hamas et le Hezbollah. Quel avenir pour nous au sein d’une nation qui méprise les victimes et glorifie les tueurs ? »

On notera l’abondance de poncifs sionistes invoqués ici : « les résistants palestiniens sont des assassins », « si on montre des victimes palestiniennes, alors il faut aussi montrer des victimes juives », « eux c’est le barbarisme et nous c’est la civilisation », « les juifs ne sont plus tout à fait chez eux en France »…. Bref, le niveau zéro de l’argumentaire ! Il est consternant de voir les sionistes tels que Europe Israël ou la LDJ se saisir du moindre événement, pourvu que l’étiquette palestinienne y soit accolée, pour déverser leur idéologie nauséabonde.

Car comme le précise Alham Shibli : « Je ne suis pas une militante […]. Mon travail est de montrer, pas de dénoncer ni de juger. » L’artiste n’est pas un objecteur de conscience, il prête ses yeux pour que nous puissions regarder le monde. Alors, plutôt que de nous concentrer sur la propagande sioniste, que nous connaissons par cœur, intéressons-nous plutôt à l’exposition, qui a déjà rouvert ses portes.

Les six séries photographiques montrent successivement des orphelins polonais en foyer (Dom Dziecka), des homosexuels, bi et trans contraints de s’exilés (Eastern LGBT), des arabes israéliens d’origine bédouine ayant intégré l’armé israélienne (Trackers), les marques du souvenir des combattants de la Seconde Guerre mondiale et des guerres coloniales (Trauma), ou des familles palestiniennes adorant leur « martyrs » (Death).

Alham Shibli interroge tour à tour sur la définition du foyer comme lieu d’appartenance (Trackers), sur la difficulté et parfois l’impossibilité pour une personne de construire son identité dans un foyer historique et anthropologique (Eastern LGBT), sur la coexistence antinomique de souvenirs fondant l’identité au sein d’un même foyer (Trauma). L’auteur évoque les problèmes d’identités que posent le déracinement et la disparition du foyer (Dom Dziecka), puis montre l’un des modes de réappropriation face au déracinement et à la disparition du foyer (Death).

Jennifer Cingouin

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s